Dans la peau d’un TDAH : embarras, honte ou culpabilité

Les personnes atteintes de trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) peuvent vivre l’embarras, la honte ou la culpabilité de différentes manières en raison des défis spécifiques associés à ce trouble. Le lien social est sans cesse mis à l’épreuve lors des situations plus ou moins gênantes que peuvent vivre les personnes ayant un TDAH. Un effet de relance peut entrer en jeu par les leviers combinés du regard des autres, de l’impulsivité et de l’hyperactivité. Comment en sortir ?

    Dans la peau d'un TDAH ... le regard sur soi ...

    TDAH honte et culpabilité

    On le retrouve dans le quotidien de l’enfant et de l’adulte TDAH  : – Dans le Bulletin : “Ne tient pas en place !”  – “N’a jamais ses affaires … “, “Intervient sans demander la parole…” – A ses parents … – “Vous m’avez encore oublié à la garderie” … – A sa banque : – “J’appelle pour faire opposition à ma CB , oui …ENCORE …”

    Dans la vie de famille qui connaît les TDAH , voici quelques aspects à considérer :

    1. Difficultés dans les tâches quotidiennes : Les personnes atteintes de TDAH peuvent éprouver des difficultés à se concentrer, à s’organiser et à terminer des tâches. Cela peut entraîner des retards, des erreurs ou des oublis, ce qui peut générer des sentiments de honte et de culpabilité.

    2. Incompréhension des autres : Les personnes avec TDAH peuvent parfois être mal comprises par leur entourage. Les comportements impulsifs, l’hyperactivité ou la distractibilité peuvent être perçus comme des manques de maîtrise de soi, ce qui peut susciter des sentiments de honte chez la personne atteinte.

    3. Stigmatisation : En raison du manque de sensibilisation et de compréhension du TDAH. Cela peut engendrer des situation de stigmatisation et contribuer à la honte et à la culpabilité, car la personne peut se sentir jugée ou rejetée.

    4. Comparaison sociale : Les personnes avec TDAH peuvent se comparer aux autres qui n’ont pas ce trouble, ce qui peut renforcer les sentiments de différence, d’inadéquation et de honte.

    5. Impact sur l’estime de soi : Les difficultés récurrentes liées au TDAH peuvent avoir un impact sur l’estime de soi. La personne peut se sentir incompétente ou incapable, ce qui alimente la honte et la culpabilité.

    Il est important de noter que la manière dont une personne vit avec son TDAH peut varier d’une personne à l’autre. Certains individus peuvent développer des mécanismes d’adaptation pour faire face à ces sentiments, et d’autres peuvent avoir besoin de soutien supplémentaire. 

    Il est important de prendre cela en compte dans son modèle éducatif quand il s’agit de vivre avec un enfant ayant des un TDAH. Ceci d’autant que le facteur génétique suggère qu’au moins un deux parents souffre probablement de ces mêmes difficultés ce qui complexifie le quotidien. 

    La thérapie, de conseils ou d’éducation sur le TDAH peuvent venir en soutien. L’éducation et la sensibilisation à propos du TDAH (1) peuvent également contribuer à réduire la stigmatisation et à promouvoir une meilleure compréhension de ce trouble.

    Un simple embarras, ou plus que ça ?

    Comment savoir si une situation procure un simple embarras ou s’il génère un sentiment de mal être plus profond ?

    Dans la même situation,  chez deux personnes, le tempérament,  la capacité d’adaptation, l’histoire personnelle de la personne et la fréquence de survenue de ces situations vont susciter une émotion possiblement différente.

    Quelques signes pour comprendre et identifier l’impact :

    Honte et Embarras

    Honte et culpabilité, quelle différence ?

    Maladresse

    “La honte se définit par l’angoisse de l’effondrement des repères et, à la limite du rejet du monde humain. Elle ne protège de rien. Elle est la catastrophe même.”  Serge Tisseron (2) nous donne une définition qui représente la réalité de l’émotion qui s’impose à une vie impactée de différente manière par ce sentiment profondément douloureux. Vivre avec des troubles de l’attention et de l’hyperactivité est une source intarissable de situations honteuses ou culpabilisantes.

    La honte et la culpabilité sont deux émotions distinctes, bien qu’elles puissent parfois cohabiter. On les confond souvent. Chaque émotion à un sens, elle répond à un besoin social de survie de l’espèce et à la fois vient révéler un besoin chez la personne. Voici comment les différencier :

    1. La Honte :

    • Sa fonction est de nous maintenir en relation avec l’autre en cas d’impair. Elle suscite l’indulgence, peut même nous rendre “sympathique”. (3)
    • Elle nous aide à bien nous tenir, elle est régulatrice de nos comportement sociaux, peut apporter de l’apaisement dans le conflit.
    mais aussi
    • Elle peut venir d’une pression sociale ou éducative.
    • Elle peut donc découler de la perception d’une violation des normes sociales ou personnelles.
    • Pour celui qui l’éprouve, la honte est souvent liée à une évaluation négative de soi-même en tant que personne.
    • La honte peut être plus généralisée, englobant une vision négative de soi-même en raison d’un comportement, d’une caractéristique personnelle ou d’une expérience.
    • La personne honteuse peut ressentir un sentiment d’indignité, de déshonneur ou d’humiliation.
    • Elle exclue du groupe et désociabilise.(2)
    En  conséquences, le TDAH peut se sentir exclu d’une forme de “normalité”, et vivre des situations gênante de façon répétée : A titre d’exemple, répondre trop vite en classe ou en réunion et couper la parole, oublier une rendez-vous, perdre ses affaires, s’ennuyer, décrocher d’une conversion et paraître inconvenant… et ainsi se sentir mauvais enfant, ou mauvais parent, ou mauvais conjoint, mauvais collègue … ) La répétition de ces situations peut venir installer une croyance profonde de manque de valeur existentielle et conduire à des symptômes dépressifs. (tristesse, découragement, fatigue chronique, perte d’énergie, isolement social, … )
    Maladresse

    Dans la culpabilité. Ce qui compte, ce n’est pas la réalité de la faute, mais l’impression qu’a la personne d’avoir enfreint les règles auxquelles elle adhère. Ces principes peuvent être communément admis… ou pas. Ainsi, certaines personnes peuvent ressentir une culpabilité pour un acte accepté par la société, et à l’inverse, ne ressentir aucune culpabilité pour un acte condamné par la société. Pour analyser la culpabilité, il est essentiel d’avoir une bon niveau d’introspection et une bonne connaissance de son système de valeurs personnel. La culpabilité est une émotion composée incluant de la colère et de la honte.(4)

    2. Culpabilité :

    • Les chercheurs ont démontré que la culpabilité est liée à des comportements altruistes.(5) Elle permet donc une réparation et maintient la cohésion sociale et la relation.
    • La culpabilité est généralement liée à un acte spécifique ou à un comportement jugé comme répréhensible, immoral ou contraire à une norme.
    • Elle implique souvent la reconnaissance d’une faute ou d’une responsabilité personnelle pour une action précise.
    • La culpabilité est souvent orientée vers l’action plutôt que vers la personne dans son ensemble.
    • Elle peut être accompagnée du désir de réparer ou de corriger l’erreur commise. A ce titre, elle sociabilise.

    mais aussi :

    • La culpabilité peut être tenace, surtout si la faute n’est pas réparable ou si l’erreur advient de façon régulière et répétée..
    • Elle peut alors s’installer de façon durable.
    • Elle est entretenue par la colère qui peut se retourner contre soi et être destructrice.
    • Elle peut provoquer un besoin de bien faire (réparateur) constant, un perfectionnisme qui alimente l’hyperactivité.

    Comprendre l'importance de l'estime de soi dans le TDAH

    Le regard de la société sur les personnes atteinte de TDAH peut évoluer avec l’éducation et la formation à ce trouble. Des associations oeuvrent en se sens. (6)

    Le travail psychothérapeutique sur la honte et la culpabilité viennent en renfort pour entrer dans un cercle vertueux mettant en avant les aspects positifs de ce trouble. (Energie créatrice, capacité d’expertise, spontanéité, …)

    Effet Golem
    Effet Pygmalion

    Comment la méthode Vittoz peut-elle venir en soutien des TDAH ?

    Psy Bordeaux

    La méthode Vittoz, également connue sous le nom de méthode Vittoz-Psychosynthèse, est une approche psychothérapeutique qui se concentre sur la prise de conscience corporelle et la régulation de l’attention. Cette méthode peut être bénéfique pour les personnes atteintes de trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) en raison de son  sur la pleine conscience et la gestion de l’attention.

    Voici quelques façons dont la méthode Vittoz peut aider :

    1. Prise de conscience corporelle : La méthode Vittoz met l’accent sur la conscience corporelle, encourageant les individus à être présents dans leur corps et à prendre conscience de leurs sensations physiques. Cela peut aider les personnes atteintes de TDAH à se reconnecter avec leur corps et à améliorer leur capacité à se concentrer.

    2. Exercices de régulation de l’attention : La méthode Vittoz propose des exercices spécifiques pour réguler l’attention. Ces exercices visent à renforcer la capacité de concentration, à réduire les distractions et à améliorer la présence mentale. Ces compétences peuvent être particulièrement utiles pour les personnes atteintes de TDAH, qui ont souvent des difficultés à maintenir leur attention.

    3. Gestion du stress : La méthode Vittoz intègre des techniques de relaxation pour aider à réduire le stress et l’anxiété. Pour les personnes atteintes de TDAH, qui peuvent être plus sensibles au stress, cette approche peut être utile pour favoriser un état mental plus calme et centré.

    4. Développement de l’auto-observation : La méthode Vittoz encourage l’auto-observation, c’est-à-dire la prise de conscience de ses propres pensées, émotions et comportements. Cela peut aider les personnes atteintes de TDAH à mieux comprendre leur fonctionnement mental et émotionnel, ce qui peut être le point de départ pour développer des stratégies d’adaptation efficaces.

    5. Amélioration de la gestion du temps : La méthode Vittoz peut également inclure des techniques visant à améliorer la gestion du temps. Cela peut être particulièrement utile pour les personnes atteintes de TDAH, qui ont souvent des difficultés à s’organiser et à respecter les délais.

    6. Le travail psychique élaboré à l’aide de la thérapie : A l’aide du thérapeute, au long des échanges il est possible d’aller explorer l’histoire émotionnelle et d’identifier des éléments déclencheurs, retrouver des émotions racines, le sens qu’elles ont, leur rôle dans le fonctionnement personnel. Faire un travail d’intégration permet de leur redonner leur juste place.

    La méthode Vittoz est une des approches disponibles pour aider les personnes atteintes de TDAH. Chaque individu est unique, et il peut être bénéfique de combiner différentes méthodes en fonction des besoins spécifiques de la personne. Avant d’entreprendre une nouvelle approche thérapeutique, il est recommandé de consulter un professionnel de la santé mentale pour obtenir des conseils adaptés à la situation individuelle. Il est bon  de prendre le temps d’expliquer votre contexte à votre thérapeute, cela peut demander une ou plusieurs séances selon les personnes.

    Notes

    • 1.  https://e-psychiatrie.fr
    • 2. De la honte qui tue à la honte qui sauve Serge Tisseron  Dans Le Coq-héron 2006/1 (no 184), pages 18 à 31
    • 3. La force des émotions François Lelors, Christophe André, Odile Jacob, Paris, 2003.
    • 4. https://e-psychiatrie.fr
    • 5. cf. (3) Lazare, A. “Shame and humiliation in the medical encounter”, Arch interne med.147, 1987 P164-18
    • 6. https://www.tdah-france.fr/-Formation-335-.html